Voix d’élèves sur l’apprentissage en français en milieu francophone minoritaire : de quelques incidences didactiques

Paule Buors, François Lentz

Cet article est un compte rendu de témoignages de six élèves qui ont pris la parole lors du premier colloque sur l’apprentissage en français langue première dans l’Ouest et le Nord canadien en 2007. Les auteurs remarquent que les souvenirs les plus marquant des élèves découlent d’expériences d’apprentissage où les élèves « vivent la langue » et non d’expériences où le français est l’objet d’étude. « Il est intéressant de souligner que ces élèves faisaient partie de la première cohorte d’élèves qui a vécu l’intégralité de sa scolarité au sein de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), de 1994, année de sa mise sur pied et année de leur entrée en maternelle, à 2007, année de leur obtention du diplôme de fin d’études secondaires : leurs témoignages sont d’autant plus significatifs » (p. 232). Les auteurs ont rassemblé ces témoignages en trois thèmes : Les expériences liés à la langue française, l’apprentissage de la langue française et les attitudes envers la langue.
Concernant les expériences significatives liées à la langue française, les témoignages démontrent que « la langue est vécue, non comme un objet d’études centré très souvent sur son fonctionnement, mais plutôt comme une pratique langagière, vecteur de l’expression d’un vécu, d’une affirmation identitaire et d’un attachement à la langue » (p.234). Des exemples comme le Festival Théâtre Jeunesse sont soulevés dans les témoignages comme étant le genre d’occasions permettant un rapport positif à la langue. « La meilleure façon pour une communauté comme la nôtre de croître, ce n’est pas par la langue, mais par la culture conduite par la langue » (citation d’un élève, p. 234). Les élèves expriment que leur sentiment positif par rapport à langue se manifeste dans le partage de réalisations et d’expériences.
Les témoignages des élèves concernant l’apprentissage de la langue valorisent les occasions d’apprentissage pertinentes qui contribuent à l’amélioration de compétences utiles à l’extérieur des murs de l’école. Pour ce qui est de la classe de français, les témoignages sont assez critiques. On déplore l’accent mis sur la grammaire et la structure des textes dans l’apprentissage du français et on laisse de côté l’intention derrière les textes et des occasions de discuter de sujets intéressants. « Une autre vision de la classe de français est revendiquée, exprimée sur le mode de l’absence, voire du manque : celle d’un lieu d’échanges et de réflexions sur la langue dans sa dimension pragmatique, qui touchent au vécu d’adolescents francophones au début de XXIe siècle » (p. 235). Le pire selon les auteurs, c’est que les témoignages indiquent que ce genre de réflexion que les élèves réclament se fait dans les classes d’anglais (p.236). « On ne fait pas de verbes en anglais. En anglais, on écrit pour écrire, pour partager nos opinions, nos valeurs ; on écrit pour partager quelque chose qui nous est important. En français, on écrit pour pratiquer la langue. » (citation d’un élève, p. 237). Bref le type de travail pédagogique fait dans la classe de français a des conséquences sur la façon dont les élèves perçoivent cette langue.
Malgré tout, les élèves sont très conscients de leur situation linguistique minoritaire, comme le démontrent les témoignages. Les élèves disent comprendre le rôle de l’école dans la préservation de cette langue, mais mettent en garde contre une attitude trop protectionniste de la langue. « Des fois, on a trop peur de la décroissance de la langue française. On est trop parano de perdre la langue qu’on veut enfermer Saint-Boniface dans une boîte et la sceller. Mais ça va pas fonctionner. » (citation d’un élève, p. 238.). Donc, les témoignages démontrent que l’école francophone a comme rôle de développer chez les élèves un sentiment d’attachement à la langue, sans pour autant forcer l’utilisation de la langue. « En somme, maximiser, pendant les treize années de la scolarisation à l’école francophone, les situations d’apprentissage et, plus largement, le vécu scolaire des élèves sous l’angle de la construction langagière, culturelle et identitaire de ceux-ci, c’est avoir l’ambition d’actualiser, au plan des pratiques pédagogiques, le triple mandat – scolaire, communautaire et identitaire – de l’école francophone en milieu minoritaire » (p. 240).
Les auteurs concluent que le mandat des écoles francophones de créer des expériences d’apprentissage afin de faire vivre aux élèves la langue française est primordiale. Selon eux, le simple fait d’être un élève ayant droit, ne suffit pas afin de faire de l’élève un francophone. En effet, cette identité doit se construire. « (…) nous n’hésitons pas à affirmer que les élèves qui fréquentent les écoles francophones en milieu minoritaire ne sont pas nés francophones ; ils le deviendront – ou pourront le devenir » (p. 241). Selon eux, les élèves deviennent réellement francophones lorsqu’ils trouvent un sens au fait de parler français et d’appartenir à la communauté francophone.

Informations

Auteur.e.s

Paule Buors, François Lentz
Année de publication
Thème(s)
Le rapport aux savoirs, Le rôle de l'élève et de l'étudiant

Région(s)

Ailleurs au Canada

Vous avez une question?