Suivre la trace ou faire son chemin ? L’identité culturelle des jeunes en milieu francophones hors Québec

« Les jeunes se positionnent surtout dans une logique d’intégration différenciée, c’est-à-dire qu’ils veulent être reconnus comme distincts au plan de la langue et de la culture tout en participant au même titre que tous les citoyens à la vie collective d’ensemble. » (Pilote, 2007, p. 140)
Il s’agit ici d’une étude empirique qui, à travers le cas d’un centre scolaire communautaire situé au Nouveau-Brunswick, s’intéresse à la dynamique de la construction identitaire des jeunes dans un contexte de la francophonie minoritaire.
Evoquant la Loi constitutionnelle de 1982 et l’article 23 qui reconnait de manière tangible la dualité linguistique au Canada, la chercheuse pose cette question dans l’introduction: « est-il réellement possible pour un individu de se détacher de sa culture spécifique afin d’établir des rapports pleinement égalitaires avec l’ensemble des citoyens ? « (p. 122)
Ainsi, « deux perspectives [d’analyse] contrastées mais complémentaires » (p. 123) sont présentées comme cadre conceptuel de la recherche. La première perspective se développe selon Pilote (2007) dans le contexte des communautés francophones en situation minoritaire au Canada s’interrogeant « comment assurer la survie de la langue et de la culture d’expression française tout en visant la reproduction de la communauté qui en est le siège ? » (p. 124) Cette perspective est ce que Pilote qualifie de suivre la trace ou la socialisation culturelle des générations montantes (p. 124). La deuxième perspective, quant à elle, se base sur « l’expérience sociale de l’acteur et la construction de son identité conçue comme un amalgame de dimensions complémentaires (linguistiques, culturelles, territoriales, etc.) » (p. 125). Cette deuxième perspective d’analyse vue comme la volonté de faire son chemin est en effet la perspective qu’adopte Pilote dans sa recherche. De ce point de vue, l’identité est vue « comme un processus continu se déployant sur deux axes distincts mais interreliés » (p. 126) : l’axe relationnel où une dynamique de reconnaissance sociale est à l’œuvre et sur lequel l’individu est compris dans ses interactions avec l’environnement social ; l’axe temporel qui marque le caractère historique du processus, tant sur le plan social que biographique et sur lequel l’identité est comprise comme une « construction historique qui évolue dans le temps selon des continuités ou des ruptures » (p. 127).
Cette perspective théorique permet d’adopter une approche ethnosociologique. Dans le cadre de cette étude, 23 entretiens biographiques semi-dirigés ont été réalisés auprès de 11 garçons et de 12 filles âgés de 14 à 17 ans et répartis dans quatre niveaux du secondaire.
Les résultats de la recherche montrent « qu’on ne peut présupposer de l’identité culturelle développée par les jeune » (p. 139) ; et que malgré le rôle important de l’école dans la socialisation linguistique et culturelle des jeunes, ces derniers jouent un rôle actif dans la construction de leur identité.
Aussi, les résultats montrent que l’identité, examinée selon l’axe biographique, se manifeste soit comme un héritage reçu de la famille et des ancêtres, soit comme un refus de la tradition établie ou bien comme le produit d’une recomposition culturelle, et qu’elle signifie « moins un état de fait qu’un travail de l’acteur continuellement en évolution sur son parcours » (p. 139).
Le deuxième axe d’analyse de l’identité souligne les différentes solutions adoptées par les jeunes dans le but de se définir par rapport à l’Autre : il s’agit de l’attraction du milieu majoritaire pour certains et du souci d’affirmation de la distinction culturelle pour d’autres.
Selon Pilote (2007), cette étude montre que « les jeunes se positionnent surtout dans une logique d’intégration différenciée, c’est-à-dire qu’ils veulent être reconnus comme distincts au point de vue de la langue et de la culture tout en participant, au même titre que tous les citoyens, à la vie collective d’ensemble » (p. 140). De ce point de vue, fonder son identité sur le bilinguisme semble être une une réponse stratégique de ces jeunes dont la vie est marquée par la mobilité entre le monde francophone et le monde anglophone.
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