Pour une définition de la notion de minorité linguistique : les difficultés du vague

Christian Bassac ; JoanBusquets ; Victor Guset ; Antoine Pascaud ; Alain Viaut.
2018

« […] essayer de proposer une définition aussi précise que possible de la notion de minorité linguistique […] n’est guère chose aisée, notamment en raison de l’imprécision du mot minorité. » (Bassac et al. 2018, p.2) 

L’article de Christian Bassac et al. (2018) se propose comme objectif d’élucider la notion de minorité linguistique. Devant la difficulté conceptuelle et pour y remédier, les auteurs optent pour une focalisation sur l’usage du terme en contexte à partir d’un corpus « toujours en cours de réalisation, consultable sur le site de la base de Catégorisation des Langues Minoritaires en Europe CLME » ( p. 9) et composé de « 111 extraits linguistiques et juridiques issus de sept langues (français, italien, espagnol, catalan, allemand, basque et anglais) » (p.10).

Le rapport qui existe entre langue minoritaire et minorité linguistique est discuté sur le plan sémantique avant que des schémas et des tableaux ne viennent projeter de la lumière sur ce concept de minorité, un mot que nous croyons connaître. L’objectif : poser la pierre angulaire en ce qui est de l’usage du terme minorité, ce qui conduit à placer la focale sur : « l’ensemble de modificateurs associés à la suite minorité linguistique dans le but de restreindre son extension. » (p.19) L’accent est mis sur l’usage du mot minorité ainsi que sur ses occurrences associées à des modificateurs souvent adjectivaux comme régionale, nationale, autochtone, immigrante, territoriale, historique, etc.  

Au niveau de la méthode, une distinction est proposée dès le départ : celle qui sépare le mot ou une relation entre mots du concept ou une relation entre concepts et qui a comme but de « cerner la représentation d’une réalité construite par l’usage des locuteurs » (p.8).  Une définition purement formelle de minorité linguistique sert ensuite de base pour l’analyse des données tirées d’un corpus élargi, tout en rappelant les difficultés d’une approche des corpus. L’analyse sémantique de minorité linguistique en tant que « vague », se poursuit donc du côté des « modifications adjectivales, des modificateurs attestés VS modificateurs possibles » (p.8), sans oublier les « problèmes posés par le vague au niveau de la dimension historique dans le but de construire une heuristique et d’esquisser un classement des langues minoritaires » (p.12) (les Croates du Burgenland en Autriche ; les Portugais à Cerizay ; la communauté hébraïque dans certains pays européens ; les Portugais en France ; les Slovènes en Italie ; les Arméniens en Pologne ; les Kurdes en Arménie ; les Berbères en France ; les Kurdes en France, etc.)

Malgré les deux grandes difficultés (premièrement l’objet langue lui-même ; deuxièmement la définition d’une minorité) dans le travail de cerner la notion de minorité linguistique, et en dépit du « vague » qui en rend délicate toute définition, les auteurs nous rappellent, dans leur conclusion, que l’application de cette notion importante reste « opératoire et légitime » (p.19) ce qui revient à dire que l’usage [dans le contexte] est sans aucun doute le facteur crucial.

Informations

Auteur.e.s

Christian Bassac ; JoanBusquets ; Victor Guset ; Antoine Pascaud ; Alain Viaut.
Année de publication
2018
Thème(s)
Le rapport aux savoirs, Les politiques et pratiques éducatives et linguistiques

Région(s)

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