L’insécurité linguistique chez des locuteurs de français langue étrangère au Brésil : une étude exploratoire

» [Les] idéologies, discours et représentations contribuent à exclure le locuteur de FLE de la francophonie et font en sorte que ce locuteur remette en question la légitimité de sa propre expression en français […] » (Nazzari Gomez et al. 2023, p. 66)
L’originalité de la recherche de Nazzari Gomez et al. (2023), réside en deux points : cette étude aborde la question de l’insécurité linguistique dans un contexte où le français n’est ni la langue officielle, ni la langue d’usage (en l’occurrence au Brésil) et elle s’intéresse non seulement aux apprenants de la langue française mais aussi aux enseignants de cette langue dans le contexte brésilien.
Ainsi, les chercheurs s’interrogent-ils premièrement sur la possibilité d’« un sentiment d’insécurité linguistique lorsqu’une langue n’a ni de statut maternel pour le locuteur ni de statut officiel dans la sphère sociopolitique ? » (Nazzari Gomez et al. p .50) Ils se proposent ensuite d’étudier les origines de ce sentiment d’insécurité linguistique. Deux facteurs sont proposés : l’idéologie du standard et l’idéologie du locuteur natif.
Ainsi, dans la première partie de leur article, les auteurs font le tour de la littérature du sujet en matière d’insécurité linguistique : sont d’abord évoquées, les recherches de William Labov (2006 [1966]), Calvet (1999a), Boudreau (2016), Francard (1993), Arrighi et Boudreau (2016), Beaudoin-Bégin (2015), Gérin-Lajoie et Labrie (1999), Bretegnier (1999) et Calvet (1999b) (voir p. 53-56) dans le but de délimiter la notion d’insécurité linguistique. Sont ensuite révisées les études portant sur l’insécurité linguistique dans des contextes où le français n’est pas la langue officielle, non plus la langue d’usage social, à savoir celles de Vasumathi Badrinathan (2020) en Inde ; celles de Hugues Sheeren (2016) et Maria Roussi (2009) en Italie et en Grèce ; et enfin celle de Claudia Rincon Restrepo (2020) en Colombie (voir p. 56-58).
L’article est dédiée à l’analyse de la portée de l’idéologie du standard et de celle du locuteur natif sur les représentations sociolinguistiques entourant la langue française et le locuteur francophone au Brésil. Les chercheurs y discutent particulièrement les « effets homogénéisants de l’idéologie du standard sur les représentations sociolinguistiques que se forgent les locuteurs de français brésiliens » (p. 64), mettant surtout en relief ce qu’ils appellent la monosémie entre francophone et locuteur natif, produite par l’idéologie du locuteur natif. (p. 65) A la lumière des données évoquées, les auteurs concluent que la superposition de l’idéologie du standard et de l’idéologie du locuteur natif renforce les discours homogénéisants et hiérarchisants alors que « la présence massive de référents culturels franco-français dans les manuels d’enseignement, l’effacement de la variation linguistique en classe de FLE et le rejet de l’hybridité entre langues maternelle et étrangère tant dans la littérature qu’en classe de langue, mènent à des représentations assez univoques et uniformes de ce qu’est le français, de qui est –et peut être – le vrai locuteur francophone » (p. 66). Ainsi, selon les auteurs, l’idéologie, discours et représentations excluraient le locuteur de FLE de la francophonie pour cette raison que son expression serait susceptible d’être perçue comme non française et non native. (p. 66)
Enfin, une étude de la mise en mots de l’insécurité linguistique est proposée. Pour les auteurs, le phénomène peut être qualifié d’insécurité linguistique normative (p. 67) dans le sens où la peur de s’exprimer en français n’est jamais associée, dans les cas étudiés, au souci de communication, mais à l’expression incorrecte, c’est-à-dire « non conforme au cadre normatif de référence » (p.68).
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