L’expérience des étudiant/e/s d’origine immigrante en formation en enseignement dans une université en milieu francophone minoritaire

Marianne Jacquet
2020

« La formation en enseignement en français offre aux [étudiantes et aux étudiants] issus de l’immigration l’espoir d’une insertion professionnelle rapide et la possibilité d’échapper ainsi à une chronicisation de la déqualification  » (Jacquet, 2020, p. 123)

Marianne Jacquet se penche sur une problématique peu abordée en milieu minoritaire francophone, soit « l’expérience des étudiantes d’origine immigrante en formation en enseignement » (particulièrement en Alberta) pour en proposer une analyse effectuée « sous l’angle de l’adaptation de l’institution universitaire à la diversité ethnoculturelle » (p. 123).

La littérature sur le sujet est évoquée et discutée dans la deuxième partie de l’article, dédiée au cadre théorique et conceptuel. Une distinction est vite faite : plutôt que des « étudiant/e/s originaires d’autres pays suivant un cursus universitaire au Canada » (p. 124) l’article s’intéresse aux « étudiant.e.s formé.e.s à l’étranger et récemment immigrés au Canada » (p. 124) pour voir comment ils et elles vivent ce « double stress académique et d’acculturation » (p. 124) en particulier lors de la période des stages dans les écoles.

Cette recherche exploratoire et qualitative qui s’inscrit dans une réflexion plus large de réforme en cours du programme de baccalauréat après diplôme, s’appuie sur un recueil de données diverses : politiques, entrevues semi-dirigées, comptes rendus de réunions, rapports d’activités. En effet, les politiques institutionnelles de l’Université de l’Alberta y sont croisées aux points de vue des acteurs/actrices en éducation (au sujet de l’expérience des étudiant.e.s d’origine immigrante lors des stages) ainsi qu’aux points de vue des étudiants d’origine immigrante sur leurs expériences. (pp. 131-136) Le résultat : bien qu’il existe, dans ces politiques, « une vision cohérente et systémique de la problématique de l’adaptation à la diversité au sein de l’université albertaine » (p. 137), il semble toujours difficile de bien voir comment s’organise cette « compréhension interculturelle au-delà de l’énonciation factuelle » (p. 138).  Autrement dit, plutôt que la logique d’une « traversée des cultures » (p. 138), l’expériences des acteurs/actrices de l’éducation ainsi que celle des étudiants stagiaires, révèlent une logique de « l’entre soi » et de la « territorialité » (p. 138). Le double stress académique et d’acculturation va de pair, selon la chercheure, avec une « désynchronisation dans l’interprétation que font les participants de l’expérience de stage » (p. 138) parce que le « processus de décentration culturelle qui permet d’objectiver les situations sociales en situations de contact interculturelles n’est pas mobilisé » (p. 139) par les deux parties de l’expérience. Cette situation est qualifiée par l’auteure comme un « flottement entre les politiques institutionnelles inclusives et les défis rencontrés » (p. 139) par les étudiant.e.s issus d’immigration en formation en enseignement ; d’où la nécessité, selon la chercheure, « d’adapter les programmes de formation en enseignement aux besoins d’étudiant.e.s dont l’expérience et le profil sont bien différents de ceux des étudiant.e.s francophones […] pour lesquel/le/s ces programmes ont été conçus initialement »  (p. 140). 

Informations

Auteur.e.s

Marianne Jacquet
Année de publication
2020
Thème(s)
La profession enseignante, Le rôle de l'élève et de l'étudiant, Les politiques et pratiques éducatives et linguistiques

Région(s)

Alberta

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