Le mouvement de revitalisation de la langue basque dans la Communauté Autonome Basque

“Your time is limited, so don’t waste it living someone else’s life. Don’t be trapped by dogma – which is living with the results of other people’s thinking.” – Steve Jobs
Juaristi, P. (2017). Le mouvement de revitalisation de la langue basque dans la Communauté Autonome Basque. Cahiers internationaux de sociolinguistique, 11(1), 131. https://doi.org/10.3917/cisl.1701.0131
Dans cet article, le professeur Patxi Juaristi retrace l’évolution du mouvement de revitalisation de la langue basque, de la IIème République à nos jours. Il s’intéresse notamment aux divers organismes et associations participant au mouvement, ainsi qu’au climat socio-politique.
Lors de la IIème République, précédant la guerre civile espagnole, l’euskara (la langue basque) et la culture basque sont à la hausse grâce à la Renaissance Basque. Or, la guerre d’Espagne et la dictature franquiste interrompent ce mouvement en imposant censures et répression. Vers la fin des années 1950, on voit apparaître un renouveau culturel avec un certain nombre de médias, revues, théâtres, livres, qui s’explique par “une prise de conscience politique sur l’existence d’une nation basque” (Juaristi, 2017, p.135). Après des années de répression, la communauté basque s’engage malgré les désaccords politiques au sein de celle-ci entre les partisans du groupe séparatiste ETA (Euskadi Ta Askatasuna) et ceux du PNB (Parti Nationaliste Basque). Néanmoins, ces désaccords n’empêchent pas les iskatola (écoles basques) de se créer afin de transmettre à la nouvelle génération cette langue en déclin. Une Assemblée se créa également à la fin des années 1960 “dans le but d’unifier la langue écrite” et ainsi d’unifier les praticiens de la langue (Juaristi, 2017, p.137). Cette décennie consolida le mouvement malgré son caractère hétérogène et son manque de fonds qui le fragilisent.
Après le décès du dictateur Franco (1975), le mouvement se revitalise et se renforce. Cette période voit naître entre autres la Loi fondamentale pour la normalisation de l’euskara ayant pour objectif de “créer des institutions destinées à promouvoir cette langue” (Juaristi, 2017, p.141). Cette loi fut capitale dans la promotion de l’euskara et dans la consolidation du mouvement (Juaristi, 2017, p.142). L’EKB (Euskal Kulturaren Batzarreak) créé en 1983 vient structurer le mouvement en rassemblant les “organismes et associations œuvrant en faveur” de la langue (Juaristi, 2017, p.143). C’est à cette époque également que les mondes de l’édition, associatif, de la musique et les groupes d’intérêt se développent et viennent enrichir le mouvement. Néanmoins, les tensions restent nombreuses au sein du mouvement en raison de la violence causée par l’ETA, ainsi que par l’unification de la langue qui divisent le mouvement.
Les années 1990 étaient également riches en activités culturelles avec la création notamment du Journal des Basques que le professeur considère comme “l’une des réussites les plus significatives” du mouvement (Juaristi, 2017, p.148). La création de l’UEMA (Udalerri Euskaldunen Mankomunitatea) unifie la communauté puisqu’il s’agit d’une association visant à promouvoir l’utilisation du basque dans la vie quotidienne. La création d’un lieu de rencontre, Topagunea, démontre également l’amélioration des capacités d’organisation de la communauté et de son “influence au sein de la société et auprès des pouvoirs publics” (Juaristi, 2017, p.149). En bref, les années 1990 sont une période de consolidation du mouvement avec la création et le renforcement de pléthore d’organismes, de législations et d’associations en faveur de l’euskara.
Le mouvement de revitalisation basque est caractérisé comme “pluraliste” en raison de la diversité de mouvements linguistiques, culturels, sociaux et politiques qu’il rassemble (Juaristi, 2017, p.155). C’est également un mouvement avec un “caractère propre” puisque malgré les tensions et les différences au sein de ses acteurs, tous se sentent concernés et unis par un même objectif. Finalement, c’est un mouvement caractérisé par sa continuité puisque soixante ans après ses débuts, il continue de se développer (ex. : la création de Tokikom, un rassemblement de médias locaux en basque).
Malgré ses nombreuses réussites, le professeur déplore les “divisions idéologiques et politiques qui perdurent”, ainsi que les limites d’utilisation de l’euskara, en dehors de la vie quotidienne.
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