La mise à l’ordre du jour gouvernemental des enjeux de l’enseignement supérieur en français en Ontario de 2003 à 2020 : retour sur la création de l’Université de l’Ontario français

« Porté par un mouvement social constitué d’étudiants et de groupes de
représentation politique, le projet d’une gouvernance francophone de l’enseignement supérieur en Ontario renaît dans les années 2000 et aboutit, au mois de décembre 2017, à la création de l’Université de l’Ontario français (UOF). » (Cardial & Normand, 2021, p. 20)
Dans leur article intitulé « la mise à l’ordre du jour gouvernemental des enjeux de l’enseignement supérieur en français en Ontario de 2003 à 2020 : retour sur la création de l’Université de l’Ontario français », Linda Cardinal et Martin Normand, en se penchant sur l’histoire de la création de l’Université de l’Ontario français (UOF), se proposent comme objet d’étudier la construction d’un problème public, en l’occurrence les « processus de publicisation de l’enjeu de l’enseignement supérieur en français en Ontario depuis 2003 et sa mise à l’ordre du jour gouvernemental. » (p. 18)
L’étude proposée, riche en anecdotes et en détails, comprend quatre parties : présentation du cadre d’analyse ; la mise en sens de l’enjeu de la gouvernance francophone (une éducation par et pour les francophones) ; la mise en scène de l’enjeu et l’institutionnalisation de l’enjeu.
Dans la première partie, les auteurs nous présentent les quatre approches principales dans l’étude des mobilisations collectives des minorités, à savoir : la théorie de la mobilisation des ressources, liée surtout au sociologue canadien Raymond Breton ; l’approche cognitive qui met davantage l’accent sur « l’action collective comme un processus d’interactions entre des acteurs en lutte pour le contrôle de la définition de l’identité du groupe » (Cardinal et Normand, 2021, p. 22) ; l’approche de la sociologie de l’Etat en lien avec la théorie politique libérale de Will Kymlicka (p. 23) ; et finalement, l’approche pragmatique qui porte sur l’interaction entre l’action et le contexte de sens et qui semble être l’approche pour laquelle optent les auteurs dans leur analyse du sujet.
La deuxième partie de l’article, dédiée à l’étude de la « mise en sens » du problème, évoque les anecdotes historiques qui ont finalement contribué à asseoir la légitimité des revendications pour une université gérée par et pour les francophones en Ontario. Il y est surtout question du rapport de Bob Rae en 2005, de l’assemblé du REFO en 2009 et du rapport du Commissariat aux services en français (CSF) en 2012.
La troisième partie de l’article retrace quant à elle les événements qui ont abouti à la mise à l’ordre du jour gouvernemental de l’enjeu de la création de l’UOF. La décision du gouvernement conservateur de Doug Ford en 2018 concernant la réitération des appuis au projet, constitue un épisode important dans l’histoire de la naissance de l’UOF ; un épisode que les auteurs préfèrent baptiser la « deuxième naissance de l’Université de l’Ontario français. » (p. 34) Ainsi, la dernière partie de l’article évoque-t-elle le jeudi noir de l’Ontario français : le 15 novembre 2018 où le gouvernement Ford annonce qu’il abandonne le plan de créer une université de langue française en Ontario ; ainsi que les démarches de résistances pour en développer une solution.
L’article de Cardinal et Normand demeure d’autant plus original qu’il démontre que « la séquence publicisation, institutionnalisation, politisation et résolution n’a pas été définitive dans le cas de l’UOF [et que] l’enjeu a suivi une deuxième période de politisation intense en vue de rétablir le financement » (p. 39) du projet. De plus, l’article a surtout l’avantage de fournir un excellent exemple de ce que pourrait être une analyse de la construction d’un problème public et de la sociologie des mobilisations dans les contextes minoritaires.
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