La construction identitaire linguistique et culturelle durant un programme universitaire d’éducation en français en milieu minoritaire : le cas des étudiants fransaskois

Annie Pilote et Jo-Anni Joncas
2016

Former des enseignants de langue française est d’une importance capitale pour la continuité linguistique des francophones au Canada. Partant de ce constat, l’article de Pilote et de Joncas (2016) rappelle que « la formation initiale des enseignants [de langue française] a fait l’objet de peu d’attention de la part du milieu scientifique. » (p.143). Les chercheuses se proposent donc, dans leur article, d’aborder la question de la construction identitaire d’étudiants universitaires francophones inscrits dans un programme universitaire d’enseignement en français dans un milieu à très grande majorité anglophone et éloigné des régions à forte concentration francophone, c’est-à-dire l’Université de Regina en Saskatchewan. Il s’agit de voir quel est le profil identitaire de cinq étudiants participants à la recherche ? Quels rapports ces jeunes entretiennent-ils avec la majorité anglophone canadienne et à la majorité francophone du Québec ? Comment se comparent-ils à d’autres jeunes de milieux francophones minoritaires ? Et comment perçoivent-ils leur rôle en tant que futurs enseignants de langue française en milieu minoritaire ?

L’objectif de la recherche est certes de fournir de nouvelles connaissances mais aussi « de contribuer au champ d’études de l’éducation en milieu minoritaire francophone par le bais d’une analyse des parcours [d’] étudiants sous l’angle de la microsociologie interactionniste » (p. 150) afin de renseigner le métier d’enseignant dans ces contextes. L’interactionnisme symbolique constitue en effet l’approche théorique de Pilote et Joncas (2016) pour « appréhender le concept d’identité » (p. 150)

Les données recueillies consistent en des entretiens biographiques menés avec des étudiants universitaires inscrits au baccalauréat en éducation à Régina et à la préparation de fiches-synthèses produites à la suite des entretiens. Les données sont mises en lien à une étude précédente menée par Pilote en 2004 et en 2006 où elle avait révélé, pour décrire le profil identitaire de 23 étudiants au secondaire au Nouveau Brunswick, une typologie qui se décline en huit types :  « les affirmationnistes, les déracinés, les caméléons, les critiques engagés, les bilingues polyvalents, les compositeurs singuliers, les majoritaires désintéressés et les citoyens du monde » (p. 154). Les auteures ont voulu  observer si ces mêmes types pouvaient ressortir dans leur étude menée à Régina. Seuls deux types se dégagent : les affirmationnistes et les bilingues polyvalents. (p. 154) Chez les premiers on retrouve, selon Pilote et Joncas (2016), les caractéristiques suivantes : « un souci d’affirmation de l’identité définie en référence à la langue et la culture d’expression française conformément aux valeurs mises de l’avant par la famille et la collectivité francophone minoritaire. […] l’appartenance passe à la fois par le partage d’une identité commune au sein du groupe minoritaire et par l’affirmation d’une identité distincte vis-à-vis du groupe majoritaire. » (p. 154) ; tandis que le deuxième profil se caractérise par « la recherche d’une polyvalence à travers la mise de l’avant d’une identité bilingue. » (p. 156) Il s’agit en effet pour ce profil, non pas de « se conformer parfaitement aux attentes des autres, mais d’adhérer partiellement aux identités valorisées dans un milieu donné afin d’être reconnu comme membre du groupe pour avoir accès à certains avantages. » (p. 156) Les auteures concluent à une négociation d’une double frontière ; l’une d’abord avec les canadiens anglophones avec lesquels les interviewés interagissent mais dont ils se distinguent et, l’autre avec les francophones du Québec dont ils voient qu’ils contribuent à structurer leur identité québécoise. Cette double négociation de frontière dans le rapport à l’Autre appuie leur construction d’une identité fransaskoise. Les parcours des jeunes participants à la recherche, sont marqués, selon les auteures, par une « tension entre deux types d’enjeux : des enjeux individuels (construction identitaire et réussite du parcours scolaire et professionnel) et un enjeu collectif (protection et développement de la langue et de la culture française en milieu minoritaire) » (p. 162).  Pour les auteures, le programme de formation des enseignants destinés à œuvrer en français de l’Université de Regina montre son importance puisque le rôle enseignant dépasse « la simple transmission du savoir » (p. 163)

Informations

Auteur.e.s

Annie Pilote et Jo-Anni Joncas
Année de publication
2016
Thème(s)
La profession enseignante

Région(s)

Saskatchewan

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