Insertion professionnelle des nouveaux enseignants de l’immigration : quelques conditions pour un mentorat interculturel réussi

« […] un accueil cordial du NEII, spécifiquement de la part des membres de la direction d’école, un temps suffisant pour développer un dialogue et un lien de confiance avec lui de même que l’utilisation de stratégies qui lui sont particulièrement bénéfiques telles que le modelage et l’anticipation des besoins sont des aspects favorisant la réussite du mentorat interculturel » (Gagnon et Duchesne, 2018, p. 117)
Dans le cadre de leur recherche-intervention, Nathalie Gagnon et Claire Duchesne se penchent sur l’insertion professionnelle des nouveaux enseignants issus de l’immigration (NEII) en s’intéressant plus particulièrement au mentorat, l’une des principales composantes des programmes d’insertion professionnelle du nouveau personnel enseignant en Ontario (PIPNPE).
Révisant la littérature du sujet, les auteures affirment que malgré « le nombre imposant d’écrits » (p. 108) liés au mentorat des enseignants, « nous n’en savons que très peu au sujet [des conditions gagnantes de ces mentorats] du point de vue de l’expérience particulière des enseignants d’immigration récente » (p. 108).
Alors qu’au Canada, parmi les enseignants et dans l’espace des 5 premières années de leur exercice professionnel, le taux de décrochage oscille entre 10 et 40 % selon les provinces (Allard, 2010. Cité dans Gagnon et Duchesne, 2018, p. 108), il va sans dire que la situation n’est pas plus facile pour les NEII. D’où l’intérêt des chercheures pour interroger « les conditions les plus favorables à la réussite du mentorat auprès des nouveaux enseignants issus de l’immigration » (p. 108).
Le cadre théorique de la recherche est basé sur le travail de Hobson et coll. (2009. Cité dans Gagnon et Duchesne, 2018, p. 109) et fournit une recension des écrits sur le mentorat. Ainsi, quatre catégories sont retenues, à savoir : le choix du mentor et son jumelage avec le mentoré ; les stratégies utilisées par le mentor et le mentoré ; la culture particulière de l’établissement scolaire ; la préparation, la formation et le soutien des mentors (pp. 109-110).
Sur la base de l’analyse des données recueillies lors des entrevues semi-dirigées avec un public de NEII constitué de 4 hommes et de 8 femmes œuvrant au niveau préscolaire et secondaire ; ainsi qu’avec un groupe de 4 enseignants-mentors, les deux chercheures arrivent aux conclusions suivantes : suivant la catégorisation quaternaire de Hobson et coll. (2009), et du niveau de choix du mentor et son jumelage avec le mentoré, « il pourrait être souhaitable d’offrir aux NEII la possibilité de travailler en triade plutôt qu’en dyade mentorale afin de leur fournir à la fois le soutien d’un mentor natif […] et d’un mentor issu de l’immigration » (p. 115) ; au niveau des stratégies, il est affirmé que travailler la « qualité de communication demeure la meilleure stratégie dans le cadre du mentorat interculturel » (p. 116) ; quant à la culture particulière de l’établissement d’accueil, la promotion du « climat de collégialité et de collaboration dans le cadre du PIPNPE » s’avère nécessaire ; et finalement, au sujet de la 4ième catégorie, l’analyse des données suggèrent que le temps réservé au travail en commun, reste « l’un des principaux obstacles au mentorat […] et que les stratégies ayant été identifiées comme particulièrement efficientes [auprès des interviewés, sont aussi] parfois les plus chronophages (p. 116).
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