Imaginaires géographiques de la francophonie minoritaire canadienne chez des immigrants e des réfugiés d’expression française

« Le concept d’imaginaire géographique s’intéresse plus particulièrement à comprendre les liens entre l’idéologie, le social et l’espace (Debardieux 2015). Il permet d’analyser les dynamiques sociospatiales et la manière dont les rapports de pouvoir façonnent l’espace » (Vernois & Huot, 2019, p. 116).
Cet article s’inscrit dans la grande lignée des recherches portant sur l’identité francophone. Plus précisément, il s’agit d’une « analyse des représentations que des francophones doublement, voire triplement minorisés entretiennent à l’égard du groupe francophone dominant qui est une minorité nationale » (Veronis & Huot, 2019, p. 120). La notion d’imaginaire géographique autour de laquelle se forme la discussion de Veronis et Huot (2019) est censée permettre « d’examiner l’agencement et les liens complexes entre représentations, rapports de pouvoir et processus d’inclusion à travers un examen des constructions sociospatiales des communautés francophones minoritaires et de leur identité » (p. 119).
Dans leur introduction au débat, les deux chercheures dressent le tableau conceptuel de l’imaginaire géographique qu’elles mettent en lien avec l’imaginaire social pour « conceptualiser les liens entre les individus et le groupe social. » (p.116). En prenant compte de la condition territoriale, l’imaginaire géographique porte sur les « liens entre l’idéologie, le social et l’espace (Debardieux, 2015. Cité dans Veronis et Huot, 2019, p. 116) [permettant ainsi] d’analyser les dynamiques sociospatiales et la manière dont les rapports de pouvoir façonnent l’espace » (p.116).
En évoquant le grand intérêt que l’immigration francophone a suscité, depuis 2000, auprès des « gouvernements ainsi que des institutions francophones à divers paliers (fédéral, provincial et local) comme stratégie pour le maintien des communautés francophones en situation minoritaire (CFSM) et leur vitalité démographique » (p.118), Veronis et Huot mettent en relief le travail de certains chercheurs (comme Gallant 2010 ; Traisnel et al. 2013 ; Violette et Traisnel 2010 ; de Huot et al. 2013 ; Madibbo 2016, 2006 ; Martin 2011) pour justifier ce qu’elles appellent un « besoin urgent de mieux comprendre les représentations respectives » (p.119) des CFSM et des immigrés/réfugiés d’expression française et des rapports de pouvoir qui existent.
Basée sur une étude de cas instrumentale comportant deux méthodes de collecte de données dialogiques : des entrevues et des groupes de discussions, les résultats permettent d’examiner les expériences des immigrants francophones dans deux CFSM en Ontario, soit celle de London et celle, plus importante, d’Ottawa.
Ainsi, au préalable, les perceptions de la francophonie canadienne qu’avaient les participants avant d’arriver au pays sont-elles examinées. Ensuite, sont examinées les représentations sociospatiales et temporelles des CFSM avant de débattre celles liées au fait minoritaire francophone, aux dynamiques sociospatiales et aux rapports de force dans les CFSM. Finalement, sont analysées les tensions et les négociations entre l’appartenance à la communauté francophone et les sentiments d’appartenance plurielles des immigrants francophones.
Ainsi, « à travers la lentille des imaginaires géographiques » (p. 133) et « prenant en considération les imaginaires géographiques pré migratoires de la francophonie et du bilinguisme canadien » (p. 133) des immigrants, croisés à « la géographie linguistique asymétrique » (p. 133) que rencontrent ces derniers à leur arrivée au Canada, la recherche de Veronis et de Huot met en lumière le décalage qui y existe et discute des implications de ce décalage au niveau de l’établissement et de l’intégration des immigrants francophones.
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