Étude exploratoire de l’insécurité linguistique et de la glottophobie chez des étudiants universitaires de l’Ontario

Cette étude menée par Christian Bergeron, Philippe Blanchet et Mylène Lebon-Eyquem propose une immersion en Ontario français pour comprendre l’insécurité linguistique et les discriminations linguistiques (glottophobie) du point de vue des étudiants universitaires intégrant un programme de langue française.
Les auteurs rappellent que le Canada reconnaît officiellement deux langues officielles : le français et l’anglais. Bien que cette double identité linguistique reflète une richesse culturelle singulière du pays, ce bilinguisme est constamment mis en danger par le rapport de force de la majorité dominante anglophone face à la minorité francophone.
Cette pression omniprésente fait subsister une inégalité entre les francophones hors Québec et les groupes majoritaires anglophones et engendre, de ce fait, des discriminations linguistiques. S’ajoute à ce tableau «l’idéologie d’un français normé» (2022, p.4) qui contribue à l’insécurité linguistique.
La variété linguistique du « français de France ») engendre une insécurité linguistique et contribue à une discrimination linguistique (glottophobie).
Le parcours des étudiants universitaires de l’Ontario français (Ottawa) est exploré à travers leurs témoignages. Trois questions ont guidé l’enquête: « 1) Quelles sont les principales formes de discriminations linguistiques vécues ou observées en Ontario ? 2) Quelles sont les diverses stratégies que les individus emploient lorsqu’ils sont confrontés à des discriminations ? Et 3) Comment s’exprime chez les individus l’insécurité linguistique ?» (2022, p.9).
Une méthode par questionnaire composé de cinq volets : « 1) Renseignements sociodémographiques, 2) Renseignements linguistiques, 3) Parcours en français (famille et éducation), 4) Discrimination (formes de discriminations, les lieux, les raisons, les actions prises) et 5) Discrimination linguistique a été retenue.
Les résultats issus l’enquête auprès de 131 étudiants, catégorisés par tranche d’âge: 18-24 ans, 25-34 ans, 35-44 ans et 45 ans et plus montrent d’abord une satisfaction des étudiants de la région d’Ottawa quant à leur français (60%), par rapport à d’autres régions de l’Ontario. Aussi 34% des participants estiment que le modèle de la langue est celui du « français d’origine française » (2022, p.13). L’étude rapporte que près de 43% des participants ont déjà été victimes ou témoins directs de glottophobie, la majorité dans des lieux publics (25%). Mais bien que la glottophobie soit l’une des causes de l’insécurité linguistiques, ils remarquent le contraste entre ceux qui gardent le silence face à des discriminations linguistiques (35%) et ceux qui y réagissent davantage (19%).
En conclusion, cette recherche exploratoire nous éclaire sur l’insécurité linguistique et la glottophobie observées chez des étudiants de la région d’Ottawa.
Parmi les éléments concluants, le modèle du « français de France » est visiblement encore ancré, ce qui marque un rejet encore présent de la variété de la langue française en Ontario et renforce l’insécurité linguistique bien que 60% d’entre eux jugent leur français « très bon » . Cette tendance est plus marquée chez les plus de 25 ans qui jugent que « la norme en français est d’origine française de France » (2022, p.17).
Contrairement aux participants qui reconnaissent être victimes ou témoins de discrimination linguistique, l’étude montre que trois personnes sur dix ignorent s’ils ont déjà vécu cette situation.
Pour conclure, l’insécurité linguistique et la glottophobie vécues par les minorités francophones sont très présentes dans la société canadienne à majorité anglophone. Un espace réflexif et un dispositif de vigilance sont vitaux pour encourager le plurilinguisme et pérenniser la francophonie en Ontario.
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