Améliorer les apprentissages en sciences en milieu francophone minoritaire : résultats de l’expérimentation d’un modèle pédagogique

Cormier, Pruneau et Rivard discutent des facteurs socioculturel et économique pouvant expliquer les faibles résultats scolaires chez les populations linguistiques minoritaires. Ils proposent aussi une pédagogie qui compose avec ces facteurs et en font l’expérimentation à l’aide d’un modèle pédagogique qu’ils ont créé pour l’enseignement des sciences en milieu minoritaire. Ils ont donc choisi l’étude de cas afin d’étudier ce modèle. Cette étude effectuée auprès d’une classe de cinquième année d’une école francophone en région rurale au Nouveau-Brunswick portait sur un projet pilote dans lequel les élèves devaient jouer le rôle de biodétectives. La chercheuse principale a donc assuré l’enseignement en classe sur une période de deux mois, selon une fréquence d’environ trois périodes de 50 minutes par semaine.
Les auteurs débutent l’article en expliquant que les élèves francophones du Nouveau-Brunswick, une province où les francophones sont en situation minoritaire, obtiennent la pire performance au pays lors de l’évaluation en science dans le cadre du programme d’indicateurs du rendement scolaire (PIRS), réalisé dans tout le pays auprès des élèves de 13 et 16 ans. Une faible vitalité linguistique pourrait expliquer ce rendement. L’insécurité linguistique, c’est-à-dire l’impression de ne jamais maitriser sa propre langue, peut mener les élèves à entretenir des représentations négatives envers la langue minoritaire et ce faisant obtenir de moins bons résultats.
Une pédagogie transformative dans l’enseignement de la science afin d’agir sur les représentations négatives qu’entretient la communauté envers elle-même est proposée.
Les auteurs ont examiné comment une pédagogie de ce genre peut se concrétiser lors de l’enseignement des sciences afin de créer un modèle pouvant servir dans le futur. Les auteurs ont conçu une unité portant sur la biodiversité des marais salés, qui a été enseignée dans une classe de cinquième année en milieu linguistique minoritaire au Nouveau-Brunswick. Les auteurs cherchent notamment à savoir si le vocabulaire scientifique et la compréhension des concepts évoluent lors de l’activité.
Les auteurs s’intéressent à l’appropriation de la langue et d’une identité scientifique chez les jeunes. Le but est de réduire l’écart entre les pratiques identitaire et langagière vernaculaires des élèves et celles de l’école en invitant les élèves à s’intégrer aux pratiques discursives et sociales de l’école et des sciences.
Lors du projet, la collecte de donnée s’est faite à l’aide de questionnaire écrit permettant d’évaluer l’évolution des élèves sur le plan conceptuel et lexical en lien avec l’intervention pédagogique. Les chercheurs ont aussi fait appel au journal de bord de la chercheuse, des journaux d’apprentissage des élèves, des travaux des élèves et d’une entrevue de groupe effectués au cours de l’intervention afin de mieux comprendre la façon dont les élèves ont vécu l’intervention.
Les chercheurs ont trouvé qu’à la suite de l’intervention, les élèves étaient en mesure de faire usage de noms scientifiques pour décrire différents éléments du marais salé, 90 termes scientifiques ont été identifiés, alors que lors des entrevues initiales, seulement deux termes scientifiques avaient été relevés.
Lors de la présentation des résultats de l’étude, les auteurs expliquent que les élèves semblent rencontrer les conventions destinées à faciliter l’intégration des individus à une communauté discursive. Les récits de dix élèves interrogés suggèrent que les élèves croyaient que les visites au marais supportaient l’apprentissage en raison des activités expérientielles et langagières vécues. Ils sont donc immergés dans les pratiques langagière et sociale de la communauté scientifique. Deuxièmement, les élèves semblaient accepter les normes, les valeurs et les habitudes des biodétective, donc s’appropriaient l’identité sociale de la communauté scientifique. Les auteurs ont noté qu’il ne semblait pas y avoir de conflit entre l’identité acadienne des élèves et l’identité de biodétective. Selon le auteurs, le passage de situations langagières informelles vers des situations langagières plus formelles pourrait avoir affaibli ou même éliminé les conflits potentiels.
Les auteurs rappellent que selon la pédagogie transformative, l’usage de l’enquête collaborative critique est préconisé afin de permettre à l’élève de comprendre les réalités sociales de leur entourage. Selon les chercheurs, l’intervention faite auprès de la classe de science de cinquième année constitue une enquête critique qui pourrait avoir des répercussions sur leur habileté à agir dans leur communauté.
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